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J’ai ainsi appris à me servir d’un PC seule, sans personne pour m’aider véritablement, jusqu’à une panne de mon ordinateur, il y a trois mois. Quelque chose s’était cassé dans l’unité centrale. Et comme je n’avais avec moi ni technicien informatique, ni bricoleur de génie, je me préparai à essayer de réussir, toute seule, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine la journée pour finir ma page HTML.
La première heure, je me suis endormie derrière mon PC, à mille milles de tout technicien informatique. J’étais bien plus isolée qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’Océan. Alors imaginez ma surprise, à mon réveil, quand une drôle de petite voix m’a réveillée. Elle venait de mon PC et disait :
- S’il vous plaît… Dessine-moi un Pim’s !
- Hein !
- Dessine-moi un Pim’s…
J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappée par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement. Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin est beaucoup moins ravissant que mon modèle. Ce n’est pas de ma faute. J’avais été découragée dans ma carrière de portraitiste par les grandes personnes, au collège, après une caricature ratée de mon professeur de mathématiques, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les châteaux, les madones, les lapins, les chiens, les chats, les petits beurres et les pièces montées.

Je regardais donc cette apparition les yeux tous ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de tout technicien informatique. Or, mon petit bonhomme ne me semblait ni inquiet, ni égaré, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du web sur un PC en panne, à mille milles de tout technicien informatique. Quand je réussis enfin à parler, je lui dis :
- Mais… qu’est-ce que tu fais là ?
Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse :
- S’il vous plaît… dessine-moi un mouton…
Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir. Aussi absurde que cela me semblât à mille milles de tout technicien informatique, et en danger de ne pas pouvoir terminer mon travail à temps, je sortis de ma poche une feuille de papier et un crayon mine HB. Mais je me rappelais alors que j’avais surtout étudier l’économie industrielle, la gestion et le management de la connaissance et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise foi) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit :
- Ca n’est pas vrai, tu prends des cours de dessin tous les lundis. Dessine-moi un Pim’s.
Comme je n’avais jamais dessiné un Pim’s je refis, pour lui, un des dessins dont j’étais capable. Celui de la pièce montée. Et je fus stupéfaite d’entendre le petit bonhomme me répondre :
- Non ! Non ! Je ne veux pas d’une pièce montée faite en petits beurres. Un petit beurre, ça n’a pas de chocolat dessus. Et une pièce montée, c’est trop gros. Chez moi, c’est tout petit. J’ai besoin d’un Pim’s. Dessine-moi un Pim’s.
Alors j’ai dessiné.

Il regarda attentivement, puis :
- Non, celui-là est déjà périmé. Fais-en un autre.
Je dessinais :

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence :
- Tu vois bien… ce n’est pas un Pim’s, c’est une tartelette. Il manque le chocolat sur la confiture…
Je refis donc encore mon dessin :

Mais il fut refusé, comme les précédents :
- Celui-là est à l’ananas. Je veux un Pim’s avec un parfum qui existe.
Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon PC, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançais :
- C’est la boite. Le Pim’s que tu veux est dedans.
Mais je fus bien surprise de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :
- C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille un grand placard à ce Pim’s ?
- Pourquoi ?
- Parce que chez moi, c’est tout petit…
- Ca suffira sûrement, je t’ai donné un tout petit Pim’s.
Il pencha la tête vers son dessin :
- Pas si petit que ça… Tiens ! Il a changé de parfum…
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit Wokie.